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LE DÉTAIL DES INTERVENTIONS

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Session #0 : ce qui a été vécu

Après un Kick off prometteur le 4 décembre 2025 sur la péniche Olivia à Paris, la Convention Monde académique de la CEC a embarqué officiellement ses participants le 5 février, dans les locaux de la Fabrique Marais.

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Trois intentions pour cette session d’embarquement

  • Créer l’alliance du collectif (Camps de Base + temps de plénière).
  • Partager des premiers constats écologiques pour “se mettre en mouvement”.
  • Commencer à écrire l’histoire de la Convention Monde Académique : se donner le courage d’avancer ensemble.

Démarrage en Camps de Base : se rencontrer autrement, entrer par les histoires

L’après midi s’ouvre sur la mise en mouvement des Camps de Base : constitution des sous-groupes, rencontres, premiers liens à travers l’atelier “Petites Histoires - Grande Histoire” Ce premier temps installe un cadre : la Convention ne commencera pas par des solutions, mais par une alliance, par le récit, et par la conscience que l’on avance en collectif.

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Ouverture : un début… et une ambition plus grande

La session d’embarquement du 5 février marque officiellement le lancement de la Convention Monde Académique. Dès l’introduction, l’intention posée est plus vaste : faire de cette Convention le point de départ d’un mouvement – une impulsion qui s’inscrit dans la durée, capable d’embarquer largement le secteur de l’enseignement supérieur, de la formation, et au-delà.

Un fil rouge symbolique accompagne cette ouverture : l’imaginaire du Petit Prince et cette phrase de Saint-Exupéry :

« Être humain, c’est être responsable, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir l’édifice du monde. »

Dès lors, une question traverse toute la soirée : quelle pierre voulons-nous poser ? Et surtout : pour quel édifice du monde ?La Convention s’annonce comme un espace pour articuler “petite histoire” (trajectoires personnelles, bascules individuelles, réalités organisationnelles) et “grande histoire” (celle du système Terre, des transformations écologiques et sociales, des ruptures à venir).

Accueil et discours des copilotes : la naissance d’un mouvement (17h55–18h10)

En plénière, Élodie Binois et Victor Loiseau accueillent le collectif et posent le cap :la Convention Monde Académique n’est pas “un programme de plus”, mais un départ, un espace pour faire émerger une dynamique durable entre monde académique, monde économique, institutions et territoires.

Un chiffre vient structurer la vision : 8 millions, le nombre de femmes et d’hommes qui, par leur emploi, auront un rôle à jouer dans la transition écologique dans les années à venir.Et parmi eux : des centaines de milliers passeront par les mains des organisations présentes (formation initiale, continue, recherche, pédagogie, gouvernance…).

L’ambition est explicitement formulée : préparer différemment celles et ceux qui vont inventer le monde de demain, pour contribuer à une économie et une société en lien avec le Vivant, avec l’Humain au cœur des organisations.

Ce qui se joue ici n’est pas seulement technique ou réglementaire : c’est une transformation plus profonde, une autre définition de la réussite, de la performance, de la valeur.

Le discours insiste sur le rôle de la CEC : entretenir les liens, faire dialoguer, créer des ponts durables entre des mondes trop longtemps séparés.L’entrée dans la Convention est présentée comme un choix : coopération et confiance.

La Convention est ancrée sur 2026, mais pensée comme un début : une dynamique appelée à durer, à nourrir l’écosystème CEC, à faire de l’emploi, des compétences et de la formation un levier concret de transformation.

Le collectif annonce également une démarche déjà engagée à l’échelle européenne, avec des partenaires présents ce soir : Université de Mons (Belgique) et Inèdit (Espagne), notamment.

Enfin, un remerciement fort est adressé à l’équipe, rappelant le caractère très engagé et en partie bénévole de l’organisation.Un appel clair est lancé : la Convention veut s’élargir d’ici la Session 1, et chacun peut y contribuer en cooptant de nouveaux acteurs.

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Présentation du parcours : “le premier tome” d’une histoire collective (18h00–18h10)

Lorène Verdeil et Léna Felderhoff présentent le déroulé du parcours, les intentions de la soirée et la structure des sessions.

Qui est là ?Le collectif est présenté dans sa diversité : Camps de Base, collectif étudiant, partenaires, équipe d’organisation.

Les 5 sessions (chapitres)

  • Session 1 (mars) : constats écologiques et sociaux, regard 360°, mise en mouvement commune
  • Session 2 (mai) : freins et verrous du monde formation/recherche, ouverture à de nouveaux modèles, direction commune
  • Session 3 (juillet) : reliance au Vivant, postures de coopération, transformations ambitieuses
  • Session 4 (octobre) : modèles de coopération, gouvernance, nouveaux repères pour embarquer l’écosystème
  • Session 5 (novembre) : ancrage des premiers pas et projets – un point de départ vers la mise en œuvre
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Intervention de Nathanaël Wallenhorst : penser à la hauteur des enjeux (18h10–19h10)

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Professeur à l’UCO, doyen de la faculté d’éducation et membre de l’Anthropocene Working Group, Nathanaël Wallenhorst ouvre la séquence “Grande Histoire” à partir d’une posture assumée : celle d’un chercheur qui fait son travail “classique” (analyser, synthétiser, référencer), mais qui refuse de rester “hors d’état de nuire”, comme si le savoir ne devait jamais toucher les vies.

Son intention est double : organiser des savoirs (issus de milliers d’articles scientifiques) sans trahir leur complexité ; et surtout transmettre un sentiment partagé par les scientifiques : l’inquiétude, pour que ces savoirs “descendent” dans les cœurs et non seulement “dans les têtes”, et puissent devenir énergie d’action.

  • Un point de départ : la “perversion” du duo atténuation / adaptation

Il revient d’abord sur un glissement préoccupant du débat public : l’adaptation au changement climatique est de plus en plus mise en avant (jusque dans la loi), parfois comme si elle pouvait remplacer l’atténuation. Or, rappelle-t-il, le couple “atténuation/adaptation” n’a de sens que si l’atténuation reste prioritaire : la question centrale devient alors :

“Est-il possible de s’adapter à une France à +4°C ?”

Pour lui, l’adaptation “franche” à de tels niveaux devient extrêmement difficile et ce déplacement du débat risque de faire oublier l’impératif de réduire la trajectoire.

  • Un choc épistémologique : “demain n’est pas dans le prolongement d’aujourd’hui”

Il explique ce qui l’a marqué dans son immersion scientifique : la découverte d’un changement de paradigme.

Nous avons été formés dans un monde où le futur est pensé sur un modèle linéaire (demain prolonge aujourd’hui). Or les sciences du système Terre indiquent autre chose : des ruptures, des transformations rapides, parfois irréversibles, avec des effets domino. Cela devient la trame de son livre “2049 : ce que le climat va faire à l’Europe”.

  • Sa méthode (les “4 piliers”) : rendre le système Terre sensible et compréhensible

Il présente la démarche qui structure son propos :

  1. Comprendre le système Terre (basculements, non-linéarités, rétroactions).
  2. S’appuyer sur une base scientifique solide (références vérifiables, transparence des sources).
  3. Partir de nos vies : relier la calotte glaciaire, les océans, les écosystèmes… à nos existences concrètes.
  4. Mettre en récit sans tordre la complexité, pour que le savoir devienne aussi une expérience sensible.
  • Le cœur du propos : les “conditions d’existence” d’un monde à trajectoire inchangée

Il déroule ensuite une série de conditions d’existence (une image du monde si l’on reste sur la même trajectoire), en insistant sur le fait que nous n’avons, pour l’instant, vécu que des effets “linéaires” :

“Nous n’avons encore rien vu.”

  • Non-linéarités et points de bascule

Il explique la différence entre une réponse linéaire (plus d’émissions = un peu plus chaud) et les points de bascule : un “petit” forçage supplémentaire peut déclencher une réponse disproportionnée, parce qu’il active des boucles de rétroaction (effets domino).

  • Chaleur mortelle : des chiffres, et des visages

Il prend l’exemple de la canicule 2003 (70 000 morts en Europe de l’Ouest) et rappelle qu’en moyenne des dizaines de milliers de personnes meurent chaque année en Europe sous l’effet de la chaleur. Il insiste : ce ne sont pas seulement des personnes âgées ; la chaleur tue aussi des personnes en bonne santé, notamment dans des métiers exposés (exemple d’un ouvrier du BTP décédé lors d’un épisode caniculaire). Son objectif : redonner de la réalité humaine à ce que les chiffres “désincarnent”.

Il donne ensuite des ordres de grandeur de trajectoire : aujourd’hui ~+1,2°C global ; si la trajectoire ne change pas, on s’oriente vers des niveaux bien supérieurs au cours du siècle, avec un risque d’emballement dans le long terme. Il souligne un piège de représentation : 2100 n’est pas un “plancher stable”, mais un moment dans une dynamique.

Il évoque aussi le risque de chaleur humide : lorsque l’air est saturé d’humidité, le corps ne peut plus se refroidir efficacement (transpiration qui ne fonctionne plus), ce qui fait entrer des populations dans des zones critiques.

  • Pénurie : l’eau : fin de l’abondance et altération du cycle

Dans le monde décrit, cette stabilité se dégrade : raréfaction de l’eau potable disponible, tension sur les usages, et cycle de l’eau “sous stéroïdes” (sécheresses éclairs, baisse de l’humidité des sols, feux, mais aussi inondations).

Il ajoute un repère frappant : la production de certains biens de consommation mobilise des volumes d’eau gigantesques (exemples donnés : hamburger / jean), pour montrer l’imbrication entre modes de vie, économie et ressources.

  • Dépeuplement : vivant fragilisé à une vitesse inédite

Il parle d’une “annihilation biologique”, expression mobilisée pour décrire l’effondrement des populations de vertébrés. Il cite des causes combinées : prélèvements directs, destruction d’habitats, pollution, réchauffement.

  • Contamination : nouvelles entités

Il évoque l’introduction de substances inédites dans l’eau, l’air, les sols, et jusque dans les corps humains (microplastiques), décrivant une contamination diffuse qui devient un marqueur du monde industriel.

  • Imprévisible : événements extrêmes et territoires => la résilience attaquée

Il insiste sur un point clé : ce n’est pas seulement l’événement extrême qui compte, c’est sa répétition. Quand un choc revient avant que la reconstruction soit possible, la résilience territoriale se dégrade et les fractures sociales s’aggravent.

  • Migration : habitabilité humaine et désordre social

Il évoque des zones climatiques habitables historiquement stables (températures moyennes propices), et le fait que le déplacement de ces zones peut pousser des masses de population hors de leurs conditions de vie historiques.

Il illustre aussi les conséquences sociales concrètes (un village côtier qui renonce à entretenir une digue à terme) : amertume, colère, sentiment d’injustice, impossibilité de transmettre, et fragilisation du tissu social.

  • Boucles socio-climatiques : spirale de déraillement

Enfin, il décrit une boucle inquiétante : la déstabilisation du climat fragilise les sociétés ; des sociétés fragiles deviennent moins capables d’agir ; cette incapacité renforce la trajectoire… et alimente le désordre.

  • “On marche sur un lac gelé. Deux options sont possibles. Soit la glace tient, soit elle ne tient pas.”

Puis il donne un repère d’ordre de grandeur pour l’effort nécessaire : réduire drastiquement l’empreinte (exprimée en tonnes CO₂e par personne et par an), ce qui pose immédiatement une question sociale et politique : comment rendre désirable ce qui semble aujourd’hui indésirable ?

  • Séance de Questions-Réponses

Dans les échanges, il pointe plusieurs sources d’inaction :

  • un déficit d’outillage systémique : beaucoup “savent que c’est grave”, mais ne comprennent pas les enchaînements (climat → écosystèmes → sociétés) ;
  • l’inadéquation des formations : la majorité des heures d’enseignement restent structurées par un paradigme linéaire, très éloigné des sciences du système Terre ;
  • une critique des “solutions” purement technophiles ou du discours “innovation-business” : pour lui, il faut aussi penser limitation, et accepter de “désirer l’indésirable”, c’est-à-dire penser à la hauteur des enjeux plutôt qu’à la hauteur du socialement acceptable.

Il conclut sur un point de responsabilité :

Nous, adultes, sommes responsables du monde ; les jeunes ne le sont pas encore. La question du futur désirable est éminemment politique, et passe par des imaginaires de partage, de communs, et de coopération autant que par des connaissances.

Témoignage de Florence Guémy : la bascule intérieure (19h10–19h40)

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Après la “grande histoire”, la soirée revient à une “petite histoire” incarnée : Florence Guémy (Vice-présidente Heart Leadership University, ex DG Bayard, alumni CEC Nouveaux Imaginaires) partage une trajectoire de bascule personnelle et organisationnelle.

Son témoignage fait émerger un autre type de secousse : plus intérieure.

Messages clés :

La formation est un choix de transformation, pas seulement un transfert de compétences
“Le temps humain est un temps long” : transformer une organisation demande du dialogue, de la maturité, et de la patience, malgré l’urgence.
Le courage vient du cœur
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Écueils fréquents : vouloir aller trop vite, rester seul, imposer le changement.

Apprentissage marquant : embarquer un collectif suppose de prendre soin du point de départ des autres.

Elle cite une question générative, transmise depuis un autre parcours CEC par AD Education : « Et si la réussite de nos étudiants se mesurait autant par leur employabilité que par leur bien-être et leur contribution à un monde désirable et soutenable ? »

Mise en mouvement collective : exprimer les besoins pour agir (19h40–20h)

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Elodie Parent, lead intelligence collective de cette convention, anime une séquence en mouvement et en musique. Un temps qui invite chacun à répondre à une question :« De quoi avez-vous vraiment besoin aujourd’hui pour pouvoir actionner les changements que vous souhaitez voir advenir ? »

Les réponses (collectées à chaud) dessinent des besoins récurrents :

Temps (disponibilité, renfort, capacité à prioriser)
Collectif (ne pas être seul, trouver des alliés, mouvement de masse, cadre de coopération)
Confiance / écoute / inclusion (être entendu, légitime, soutenu)
Courage / audace / imagination (rendre désirable, nouveaux récits, joie radicale)
Moyens et soutien de la gouvernance (politique, financier, RH)
Connaissances / formation / scénarios (outils, coûts, trajectoires, repères)
Embarquement des équipes (adhésion profs/équipes/étudiants, changer le regard, piloter différemment)
Ce moment révèle autant une énergie qu’un constat : l’élan existe, mais il a besoin d’être outillé, soutenu, partagé.

Conclusion et prochaines étapes (20h00–20h05)

En clôture, Lorène fait la transition vers la suite du parcours :

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rendez-vous à la Session 1 au Campus HEC les 12 et 13 mars

invitation à remplir le questionnaire d’ici là

La soirée se prolonge ensuite par un cocktail, pour poursuivre les échanges et consolider les premiers liens.

Remerciements

💚 Merci pour la conception de cette première session à l’équipe Programme de la CEC, pilotée par Léna Felderhoff, Elodie Parent Riquet et Lorène Verdeil

💚 Merci aux intervenants externes pour leurs apports et leurs inspirations, à la Fabrique du Marais pour son accueil.

💚Merci aux techniciens, photographes, vidéastes, scribes pour leurs captations des moments clés de la session. Crédit Photo : Jean-Christophe Roy, Nadia Bahhar-Alves; Crédit Vidéo (à venir) : Jonas Chaurial et l’agence qui nous soutient Tulipes et Compagnie ; Crédit Rédaction : Hélène Montois