ORGANISATION LOGISTIQUE DE LA S2 à l’École Centrale de Lyon !
Notre S2 aura lieu sur le campus de l’École Centrale de Lyon, à Écully !
Pour vous permettre d’anticiper au mieux votre organisation, voici les premières informations logistiques (suite à vos demandes de partage rapide 🙌).
Nous avons été accueillis sur le campus d’HEC pour deux superbes journées !
Merci à François Collin pour son accueil, et bravo pour la feuille de route de transformation que vous poursuivez chez HEC.
JOURNEE DU 12 MARS
🎤 Conférence : “biodiversité”, par Bruno David, naturaliste spécialisé en paléontologie et sciences de la biodiversité
Bruno nous rappelle d’abord quelques chiffres:
- les plantes représentent la grande majorité de la biomasse totale (450 Giga tonnes ou Gt sur 550 Gt) puis viennent ensuite les bactéries (70 Gt), les archées, les protistes, et les champignons (ensemble pour 23 Gt),
- les animaux ne représentent que 2 Gt et parmi eux les animaux arthropodes (comme les crustacés) 1Gt
- dans le restant se trouvent les poissons représentent 0,7Gt, les mammifères sauvages 0,007Gt, les mammifères d’élevage 0,1Gt, les oiseaux sauvages 0,002Gt… et les être humains pour seulement 0,06Gt !La première intervention est celle de Bruno David qui vient nous parler de la crise de la biodiversité. Pour tenter de définir la biodiversité il s’agit non seulement de compter les espèces, mais aussi de connaître leur abondance.
La biodiversité est une notion compliquée. Bruno insiste par exemple sur le fait que la planète ne peut pas se passer du microscopique: le poids des virus est majeur (à titre d’exemple, dans 1L d’eau au large de la Bretagne se trouvent 100 milliards de virus !). Il nous explique aussi que si le génome humain possède 3 Gb (ou 3 milliards base, l’unité du génome), une tulipe en contient… 34 Gb !
Il est donc difficile de faire des modèles de prévision d’évolution des espèces à long terme, car ils sont tous marqués par une certaine dose d’incertitude. Cependant voici ce que nous dit la tendance actuelle: l’IPBES prévoit que les pollutions de l’air et de l’eau, l’urbanisation, les espèces invasives, le réchauffement climatique feront chuter les espèces de l’ordre de 500,000 à 1 million d’ici la fin du siècle (sur environ 10 millions d’espèces). Le rythme est tellement rapide que cela nous met sur une trajectoire de grande extinction des espèces (entre 75 et 95% d’extinction des espèces sur 1 million d’années).
La question que nous pouvons nous poser derrière est celle de la position de l’humain dans la nature. Virginie Maris distingue ainsi:
- la nature perçue comme altérité (tout ce qui n’est pas nous)
- ou la nature perçue comme totalité (vision englobante de l’univers) ?
Cela oppose la vision depuis Aristote et les religions monothéistes (posture dualiste: la nature vs les humains, l’artificiel vs le naturel) à une vision moniste de nature comme totalité (se penser au sein de la biodiversité, comme partie intégrante de la nature). Bruno nous invite à trouver l’attitude pour agir entre ces deux approches réductrices, le vivant ne se mettant pas en équation.
Bruno nous rappelle enfin que la nature rend des services écosystémiques indispensables pour se nourrir, digérer, se protéger, respirer (plancton cycle O2), pour se soigner… Les services rendus par les insectes peuvent être ainsi chiffrés à 57 milliards $ /an, tandis que le coût de l’inaction face aux canicules, aux espèces invasives ou les coûts sociaux se chiffrent en milliards de dollars.
🎤 Ateliers Ressources, Eau et Plastique
Les participants partent ensuite dans 3 ateliers d’experts différents.
📝 Atelier Ressources avec François Grosse
L’intervention porte sur les limites matérielles de notre modèle économique, en particulier concernant les métaux comme le fer, l’acier, le cuivre ou l’aluminium. Leur extraction consomme déjà environ 8 % de l’énergie mondiale et génère des impacts environnementaux importants. La consommation de ces métaux augmente de manière exponentielle (environ 3,5 % par an), ce qui pourrait conduire à des tensions sur les ressources avant la fin du siècle.
De plus, la qualité des minerais diminue, ce qui rend leur extraction toujours plus énergivore et carbonée. Le recyclage, bien que moins coûteux en énergie, ne peut pas compenser cette croissance de la demande. Il faudra donc ralentir la croissance matérielle, augmenter fortement le recyclage et repenser l’économie linéaire actuelle. Contrairement à une idée répandue, notre économie n’est pas seulement une économie du jetable : c’est surtout une économie d’accumulation. Une grande partie de ces matériaux est stockée durablement dans les infrastructures (bâtiments, équipements).
👉 L’enjeu est donc de transformer les déchets en matières premières et d’imposer progressivement des taux d’incorporation de matériaux recyclés dans l’industrie.
📝 Atelier eau avec Nathalia Agbagla
Les participants ont souligné la nécessité d’une approche systémique reliant les sols, l’eau et les activités humaines.
Il est également important de distinguer prélèvement d’eau et consommation réelle. Par exemple, si les centrales électriques prélèvent beaucoup d’eau, elles en restituent la majorité. L’agriculture consomme réellement une grande partie de l’eau prélevée.
L’eau que nous utilisons le plus est invisible : c’est l’empreinte hydrique. Par exemple 1 jean correspond à la consommation d’environ 8 000 L d’eau, 1 kg de viande correspond à la consommation de 15 000 litres d’eau. Nos choix de consommation ont donc un impact hydrique considérable.
La crise de l’eau est déjà là. En 2022, 100 % des départements français ont été placés en alerte sécheresse pour la première fois. La baisse du débit des rivières affecte déjà l’agriculture, l’énergie et les écosystèmes.
Certaines nappes fossiles sont aujourd’hui menacées par les activités humaines.
👉 Les cycles de l’eau et du carbone sont fortement interconnectés, mais restent mal compris par le grand public, ce qui peut générer des injonctions contradictoires.
📝 Atelier pollution plastique avec Nelly Pons
Il existe plusieurs niveaux de pollution plastique (on devrait parler des plastiques et non du plastique):
- les macro déchets
- les micro plastiques (< 5 mm)
- les nano plastiques (< 1 micromètre)
L’immense majorité de la pollution plastique est invisible à l’œil nu. Il faut de grandes quantités d’additifs chimiques pour que les plastiques acquièrent les propriétés souhaitées. Ces produits sont absorbés puis relâchés par les plastiques.
Les plastiques se fragmentent progressivement en micro-particules capables d’absorber d’autres polluants. Cette pollution est invisible, quasi permanente et extrêmement complexe en raison de la diversité des plastiques. Leur présence est partout : eau, sol, air, des montagnes jusqu’à la profondeur des océans. Il s’agit d’un problème de santé publique.
👉 Le recyclage seul ne suffit pas : il faut adopter une approche systémique incluant l’industrie pétrochimique et chimique.
🎤 Conférence : “Inégalités sociales pour une transition juste”, par la sociologue Noémie Paté
Après la pause déjeuner, Noémie Paté intervient sur le sujet passionnant de la lutte contre les inégalités sociales pour une transition juste. Le point clef est le suivant: les groupes sociaux les plus exposés sont aussi les plus vulnérables au changement climatique, alors qu’ils sont les moins responsables du changement climatique.
Quelques chiffres :
- les 10% les plus aisés sont responsables des ⅔ du réchauffement climatique depuis 1990
- il y a 12 fois + de victimes dans un pays pauvre que riche en cas de catastrophe naturelle.
→ La notion de justice climatique a été abordée lors des Accords de Paris en 2015. Elle vise à responsabiliser les pays du Nord dans la crise climatique traversée par les pays du Sud. La COP 27 a déterminé que la dette écologique (ou climatique) s’élève entre 290 et 580 milliards$ / an jusqu’en 2030 puis 1700 milliards$ / an d’ici 2050.
Noémie décrit ensuite comment les inégalités de genre sont aggravées par la crise écologique: le taux de mortalité des femmes face aux catastrophes naturelles est en particulier très supérieur à celui des hommes (par ex: 140,000 morts en 1991 lors du cyclone au Bangladesh, dont 90% de femmes et de filles). Les femmes sont également plus exposées que les hommes à la propagation de maladies infectieuses, à la chaleur, à la malnutrition. Elles ont un accès au soin moins bon, sont exposées aux déplacements climatiques, plus sujettes aux violences basées sur le genre, et font face à la raréfaction des ressources.
Noémie propose ensuite une autre lecture de la vulnérabilité écologique au travers du prisme ethnique et racial. D’après le rapport Groundswell, d’ici 2050, il y aura 143 millions de migrants climatiques internes en Afrique subsaharienne saharienne, Asie du sud et Amérique latine du fait de la pénurie de terres arables, d'événements climatiques extrêmes ou de l'élévation du niveau mer…
La majorité des populations ne migre pas très loin, voire même subit une immobilité forcée (les plus pauvres ne peuvent pas partir). Il ne s’agit pas seulement d’un phénomène des pays du Sud: en France par exemple, les populations les plus vulnérables et issues de l’immigration sont sur-représentées dans les environnements dégradés et pollués (logements dégradés, saturnisme, exposition aux risques environnementaux dans le secteur professionnel…)
Noémie conclut en expliquant que les inégalités environnementales reposent en réalité sur des inégalités préexistantes, mais que celles-ci sont aggravées par le dérèglement climatique. La question est donc de savoir comment déployer nos mesures environnementales dans la réalité des inégalités sociales avec l’objectif de les réduire.
🎤 Table ronde Facettes, COP1 et Article 1
Nous assistons ensuite à une table ronde animée par Baptiste Coignet sur les enjeux de précarité, de santé mentale, et d’inclusion des jeunes avec les intervenants suivants:
- Miora Laiarinandrasana de Facettes
- Benjamin Flohic de COP1 Solidarité étudiante
- Florian Joufflineau de Article 1
👉 Miora nous présente l’association Facettes, innovation citoyenne en santé mentale à destination des 15-30 ans.
Face à la dégradation de la santé mentale des jeunes, Facettes leur donne des outils et les accompagne vers le rétablissement en les impliquant dans des dynamiques d’action.
Aujourd’hui Facettes touche plus de 15,000 jeunes et implique plus de 500 bénévoles autour de ce sujet de santé publique majeur.
👉 Benjamin présente l’association COP1 qui distribue des paniers alimentaires aux étudiants dans 30 villes :
- 120,000 paniers distribués
- 60,000 étudiants accompagnés
Il rappelle quelques chiffres: un étudiant sur deux a déjà sauté des repas, 40 % se sentent souvent seuls. L’association mobilise 7,000 bénévoles et propose également des activités collectives, comme les Festins, où les étudiants cuisinent et mangent ensemble.
👉 Florian présente Article 1 qui accompagne les jeunes issus de milieux populaires dans leur orientation et leur insertion professionnelle. L’association soutient :
- 50,000 lycéens dans leur orientation
- 15,000 étudiants dans leurs études
Les difficultés des étudiants concernent notamment à la fois le logement, l’accès aux réseaux professionnels, l’insertion sur le marché du travail… La précarité étudiante s’aggrave aujourd’hui, tandis que les dispositifs institutionnels restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Leur message est le suivant : alors que 1 jeune sur 4 présente des symptômes dépressifs et 1 jeune sur 3 ne sait pas à qui s’adresser pour sa santé mentale, le monde académique peut informer, déstigmatiser, sensibiliser les étudiants. Le sujet de l’information des étudiants à leurs droits, aux aides, est clef. Le monde académique est le maillon le plus efficace pour lever les déterminismes sociaux du milieu populaire.
JOURNEE DU 13 MARS
🎤 Conférence sur les imaginaires, par Côme Girschig
L’intervention de Côme Girschig a pour but de se demander pourquoi il est si difficile de changer. Il ne s’agit plus seulement de comprendre nos freins individuels ou cognitifs, mais d’interroger ce qui, en amont, structure profondément nos comportements : nos imaginaires.
Nos sociétés sont traversées par des récits puissants, souvent hérités, de domination sur la nature. Or aujourd’hui, ces imaginaires entrent en tension avec les limites planétaires.
Face aux crises, une tentation revient : chercher la solution technique. Par exemple on évoque l’hydrogène comme solution au transport aérien. Mais les ordres de grandeur donnent le vertige : cela supposerait des infrastructures colossales sans répondre à la croissance continue de la demande. Un constat s’impose : nous travaillons à faire mieux, mais pas à faire moins.
Côme Girschig propose alors un déplacement clé : ce ne sont pas seulement nos usages qu’il faut questionner, mais nos désirs. Ces désirs ne sont pas neutres. Ils sont largement fabriqués par des vecteurs culturels (publicité, cinéma, jeux vidéo, codes de réussite, influence sociale…). Un exemple emblématique est le désir de voyage. Il ne va pas de soi : il a été construit, nourri, et valorisé jusqu’à devenir une norme. La société est centrée sur des désirs hédonistes qui produisent une insatisfaction chronique, car ils ne peuvent jamais être pleinement satisfaits.
Un deuxième chantier s’ouvre alors : compter ce qui compte vraiment. Aujourd’hui, nos indicateurs (PIB notamment) structurent nos décisions. Or ils invisibilisent une grande partie des réalités sociales. D’autres indicateurs pourraient être mis au centre, comme l’espérance de vie, l’endettement des étudiants, la santé mentale…
De même il s’agit de transformer les représentations de la réussite, qui aujourd’hui reste largement associée à un salaire, un statut, une performance. La transition implique de redéfinir ce que signifie “réussir” et de questionner les dynamiques de comparaison sociale qui alimentent les comportements de surconsommation.
Ce n’est pas uniquement la pollution ou les technologies qui posent question, mais la matrice culturelle qui oriente nos choix. Deux grands chantiers pour nos actions:
👉 Transformer les imaginaires, produire de nouveaux récits et rendre désirables d’autres modes de vie pour montrer d’autres trajectoires possibles
👉 Changer les règles du jeu, définir de nouveaux indicateurs et de nouvelles définitions de la réussite pour créer de nouvelles normes sociales
L’enseignement supérieur a ici un rôle clé à jouer. Plusieurs leviers sont évoqués :
- développer des formes de pédagogie “clandestine” pour ouvrir d’autres perspectives
- évaluer autrement
- rendre visibles de nouveaux métiers et trajectoires
- légitimer des courants de pensée alternatifs
- créer et valoriser de nouvelles filières
🎤 Conférence sur le facteur humain, par Amélie Rouvin, fondatrice de EchoSOPHIA
Amélie Rouvin intervient ensuite pour comprendre le facteur humain qui peut rendre le changement possible. Pourquoi, malgré la connaissance des enjeux, n’arrivons-nous pas à basculer ? Savoir ne suffit pas à transformer. Cette situation peut apparaître comme une forme d’absurdité.
Une expression résume cet enjeu : le PFH “Précieux Facteur Humain” (clin d’œil à Hubert Reeves et son “Putain de Facteur Humain”). Pour fonctionner efficacement, le cerveau utilise des raccourcis mentaux. Ces biais cognitifs facilitent la prise de décision, mais introduisent aussi des distorsions (biais de conformité, d’autorité, pensée de groupe, biais d’omission…). À cela s’ajoute le triangle de l’inaction et le biais de diffusion de la responsabilité (l’effet “spectateur”).
Un renversement de perspective s’impose : les émotions jouent un rôle clé dans l’action : la peur peut figer, la colère peut mobiliser mais c’est souvent par d’autres leviers (le sens, le lien, le désir) que l’engagement durable se construit.
La prise en compte de ce facteur humain est une condition pour faire émerger une société durable, désirable et équitable. L’équation du changement permet de comprendre simplement :
Comportement = Motivation × Capacité × Déclencheur
👉 L’inaction ne vient pas uniquement d’un manque de motivation, mais souvent d’un manque de capacité (temps, attention, ressources) ou de déclencheurs adaptés (les green nudges permettent par exemple de faciliter l’action).
Au-delà des mécanismes cognitifs, une hypothèse émerge : nous traversons une crise de sensibilité. Une forme de déconnexion : au vivant / à la nature, à nous-mêmes et aux autres
C’est ici qu’apparaît la notion d’échosophie :
- écologie de soi
- écologie des relations
- écologie des organisations
Une invitation à ralentir… L’intervention se termine par une question inspirée de Hartmut Rosa :
“Pouvons-nous changer notre rapport au monde sans commencer par ralentir ?
Que perdons-nous à gagner du temps ? Que gagnerions-nous à en reprendre ?”
🔥 Ces deux journées ont été également rythmées par 3 camps de base invitant à la mise en commun des apprentissages, à l’écriture d’une lettre au futur et à la mise en mouvement.