Yannick Roudaut
Invitation à réfléchir autrement et à considérer que le futur est une formidable source d’opportunités. La lucidité nous aidera à faire face à l’incertitude. Les utopistes, les personnes à la marge, ont le potentiel de faire des grands changements : créons les conditions du surgissement d’un inattendu !
Table des matières :
- Biographie
- Synthèse de l’intervention
- L’imprévisibilité : source d’opportunités
- La lucidité pour traverser cette période de renaissance
- Notre incapacité collective à imaginer le futur
- 2 scenarii potentiels
- Créer des conditions du surgissement de l’inattendu
- Ressources de l’intervenant
Biographie
Après avoir travaillé comme journaliste économique pour Le Figaro Economie, Le Monde, Le Journal des Finances, Yannick Roudaut s’est installé à Nantes en 1997. Au début des années 2000, il démarre une activité de prospectiviste et de conférenciers pour inciter les collectivités et les entreprises à se préparer aux conséquences économiques et sociales de l’urgence climatique. Il intervient depuis comme expert APM, Germe, CJD, CEC, Institut des Futurs Souhaitables, etc.
En 2013, Il fonde les Editions La Mer Salée avec son épouse Sandrine Roudaut. Soucieuse de son impact écologique et sociétal, La Mer Salée réalise la conception et l’impression de ses livres dans un périmètre de moins de 100 km autour de Nantes. En 2026, cette entreprise devient une coopérative (SCIC) pour accroître son impact. Elle compte plus de 300 coopérateur.ices.
La ligne éditoriale repose sur des livres qui aident à vivre l’époque et irriguent nos imaginaires avec pour mots d’ordre la lucidité sans la sinistrose, la nuance sans la complaisance.
Après avoir écrit quatre essais, Yannick a décidé de se lancer dans le roman pour toucher un public plus large. « La Vie rêvée de Nikola Tesla » est sorti en avril 2025. Ce livre est diffusé en France, Belgique, Suisse et Canada.
Synthèse de l’intervention
L’évolution du monde On constate aujourd’hui que tout se passe comme prévu, par exemple comme l’avaient dit Jean-Marc JANCOVICI ou le GIEC. La bonne nouvelle est que tout va aller très vite et que cela ne va pas être linéaire. Nous nous trouvons dans un monde où nous ne pouvons plus rien planifier – à l’opposé des entreprises qui aiment planifier à 5 ans. Nous n’avons même aucune visibilité sur la météo de l’été prochain.
L’imprévisibilité : source d’opportunités
« La résignation n’est pas une option rationnelle » puisque tout n’est pas écrit à l’avance. L’histoire est une succession d’évènements inattendus où rien ne s’est passé comme prévu. L’incertitude est un stress pour beaucoup de personnes. Au contraire il faut être optimiste et la traiter comme une opportunité. La seule certitude est que nous ne savons pas ce qui va se passer et, quoi qu’il en soit, il ne sera pas comme attendu. Cela laisse la possibilité d’une très bonne surprise. Il peut y avoir une bifurcation, une décélération ? Tout peut changer en quelques années. C’est donc une vraie source d’opportunités.
Il existe deux types de réactions face à cette incertitude :
- soit on est tétanisé par ce qui se passe, ce qui est difficile à vivre,
- soit on surfe la vague ! Yannick ROUDAUT estime qu’on vit une chance aujourd’hui. Certes, c’est un moment brutal, mais cela nous ouvre un champ de possibilités. Et d’expérience, nous savons que plus nous sommes contraints, plus nous sommes capables d’aller vite. Le COVID en est un très bon exemple. Il faut agir.
La lucidité pour traverser cette période de renaissance
Il faut regarder l’histoire, par exemple celle d’il y a cinq siècles, où l’Europe n’avait pas connaissance des Amériques, ni de l’Australie. Il s’en est suivi une rupture fondamentale dans le monde où les Européens ont prospéré et les peuples autochtones ont été colonisés. De la même manière aujourd’hui, notre pensée économique va devenir obsolète. Nous vivons actuellement une grande rupture et période de transformation, mais nous ne le savons pas. Yannick nous invite à « rester lucide ». Le mot « lucide » vient du latin « lucius » – faire la lumière – et il illustre son propos par l’exemple d’un passage à travers une grotte où nous n’y entrons pas sans lumière. Actuellement, nous sommes dans une période d’obscurité et il faut la traverser avec lucidité.
Notre incapacité collective à imaginer le futur
Nous vivons une période de renaissance. Les contemporains de la renaissance ne savent pas qu’ils sont dans une renaissance. Yannick dessine le parallèle avec l’époque de La Renaissance du 14è siècle, où l’on se posait la question « qu’est qui est le futur ? ». Le futur dépend du point de départ. La Renaissance était une période des arts, des peintres, de Léonardo da Vinci, mais c’était également une période dans laquelle les Européens ont créé de l’esclavagisme et ont tué des amérindiens.
La Renaissance était une période belle et tragique. Il serait la même chose pour notre époque. Nous sommes tous dans l’incapacité d’imaginer le futur du 2050. La technologie, les personnes, les politiques et les politiciens ne seront plus les mêmes. Aujourd’hui, on imagine, par exemple, que dans le futur, l’IA sera surdéveloppé, mais nous faisons du futur antérieur.
nous faisons du futur antérieur.
Or, l’histoire est une série d’imprévus et il existe donc un bouquet de possibilités pour notre futur.
2 scenarii potentiels
Les raisons d’y croire nous mènent vers 2 scenarios, mais ça serait probablement un 3 ème, car nous n’avons aujourd’hui pas les mots à mettre sur ce qui va arriver.
- L’IA. L’IA est un imaginaire qui date de 1940. Dans les années 1970, on s’imposait que le progrès était la technologie. Actuellement, le manque futur d’eau douce, notamment à cause de sa consommation par l’IA, est un gros problème qui nous laissera le choix entre nourrir une population ou refroidir les data centers. Cela nous renvoie à la fragilité du monde qui nous entoure et notre manque de résilience. La société moderne ne peut pas résister à ce qui arrive – c’est un récit qui nous emmène vers une impasse.
- Les utopistes. Selon Yannick, il s’agit d’une superbe opportunité car il faut tout refaire. Les utopistes ont une sérénité dans l’avenir car ils acceptent que tout va changer, mais que cela peut être beaucoup mieux. Les gens à la marge de la société, des minorités, des utopistes ou des dystopistes sont toujours ceux qui font bouger les lignes. C’est en pensant autrement qu’ils apportent des bonnes idées.
La bonne nouvelle est que les utopistes existent encore aujourd’hui. 3 caractéristiques :
- Solitude : au début, il faut assumer sa solitude en tant qu’utopiste. Les autres personnes vont se plaindre mais ils ne vont pas bouger. Les utopistes gênent ceux qui ne bougent pas, car ceux qui agissent mettent les autres devant leur inaction. Au début, les gens qui bougent sont toujours considérés comme fous par les autres.
- Se rassembler : il faut aussi savoir s’entourer d’autres utopistes - La CEC offre ce cadre.
- Ambition : il existe plein de solutions, mais il faut une vision, un projet, une envie qui vise haut. En entreprise, il faut porter une vision hors de portée. Yannick considère que, dernièrement, les entreprises ont fixé des objectifs trop faibles, par exemple la réduction des émissions de CO2 de 20%. Il faut viser plus haut et accepter que nous ne sachions pas comment faire quelque chose, mais que nous allons trouver le moyen.
Des exemples :
- Nous avons obtenu le droit aux congés payés en 1936 et, plus tôt, les femmes ont obtenu le droit de vote grâce à l’action des utopistes.
- Cet homme au Bangladesh qui a planté des arbres seul contre tous pour protéger son village de l’avancée du désert. Il était la risée de tous, les gens allaient arracher ses arbres plantés. Puis ils ont compris et l’ont aidé.
- INTERFACE dont le PDG a dit qu’il ne voulait pas considérer maintenir ce mode de production et a donné des objectifs hors norme de transformation à 20 ans. En mettant le sujet au coeur de se stratégie il a libéré les énergies et ils ont trouvé plein d’idées. Exemple des moquettes bariolées pour limiter les chutes.
- Une entreprise à Nantes qui travaille sur un prototype de génération de la chaleur et du froid grâce à la compression et la dilation des sons.
Créer des conditions du surgissement de l’inattendu
L’inattendu est l’évènement que nous n’avons pas calculé, probabilisé, par ex. Tchernobyl. Puisque l’inattendu n’est pas probabilisé, il faut qu’on se crée les conditions du surgissement d’un inattendu, qui peut être de nature économique, politique, climatique, etc. Par nature, nous ne savons pas d’où il vient. Aujourd’hui, les personnes qui ne sont pas utopistes sont réalistes. Les réalistes sont pragmatiques, ils sont cyniques. Le réalisme = pas d’avenir (no future).
Yannick termine la conférence en indiquant qu’à la CEC vous avez déjà commencé à penser autrement. Les minorités vont trouver les autres minorités et vont créer les conditions du surgissement d’un inattendu.
Ressources de l’intervenant
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